Pas de paywall pour le coronavirus ?

Les médias devraient-ils offrir leur contenu en cette période de pandémie, qui suscite un énorme besoin d’informations fiables et vérifiées ? Serait-ce citoyen ? Ethique ? Est-ce un dû ? Peut-on parler d’intérêt supérieur de la population qui dépasserait les réalités financières des journaux ? Point situation sur cette problématique d’éditeur.

Publié le 19 mars. Mis à jour le 25 mars 2020.

Vendredi 13 mars au matin, nous envoyions un message à nos contacts et sur nos réseaux sociaux pour partager ce qu’avait fait le Sydney Morning Herald en temps de feux australiens, c’est à dire offrir à ses lecteurs sa couverture de la “bushfire crisis”. Ce jour-là, encore assez peu de médias avaient sauté le pas pour couvrir la pandémie du coronavirus. A faire un tour d’horizon rapide, nous n’avions pu repérer qu’une poignée d’initiatives : le Globe and Mail de Toronto, qui avait très tôt annoncé qu’il ferait tomber le paywall sur ses articles “Coronavirus”, le Glasgow Herald ou le Leader Telegram, bref, peu de “gros”, et surtout, des “lointains” !

Le New York Times, lui, a créé une section de son site dédiée, avec contenus gratuits à condition de créer un compte. Le nord du marketing n’est pas perdu, mais soyons réalistes, comme nous confiait un directeur du numérique de quotidien juste avant le confinement, “on n’a jamais autant converti !”.

Soit. Alors que faire ? S’asseoir sur une manne d’opt-in ? Profiter de la situation pour vendre de l’abo direct ? Se lever, dire que l’information citoyenne est plus importante, être autant gratuit que les fake news, ne gagner rien tout de suite, viser l’intérêt général, éventuellement le gain d’image long-terme, en tous cas être clean, classe, citoyen ?

Rappelons au passage que Presstalis est en train de mettre la clé sous la porte, et ne paiera probablement plus aucune parution au numéro. Rappelons au passage que comme l’on se doute, les annonceurs ont déserté les pages print et web. “On fait -50% de CA pub cette semaine”, nous a confié un directeur de magazine.

Soit. Alors que faire ? Certains titres ont du décider de cesser de paraître. Parce que l’argent vient à manquer, ou parce que plus personne n’est dispo pour faire tourner les rotatives.

Assouplir le paywall ou profiter de la crise pour convertir ? La question a occupé tout le monde, et animé de beaux débats, ces derniers jours. Le 23 mars, le site Poynter posait la même question : Les sites d’infos ont-il un devoir éthique d’enlever leurs paywalls sur leur couverture de la crise sanitaire ?

Digiday, de son côté, publie dans cet article que des éditeurs comme Bloomberg et The Atlantic ont vu leurs conversions à l’abonnement exploser, et ce malgré l’assouplissement de leur paywall.

Petite revue des initiatives citoyennes, rédactionnelles, marketing que nous avons pu repérer :

  • Libération, certains articles “Coronavirus” gratuits + abonnement à prix réduit

Pour Laurent Joffrin, le journalisme est un “devoir civique”. Ainsi, tous les articles d’utilité publique, les lives et leur rubrique de vérification des faits “Checknews” sont en accès libre. L’abonnement, lui, a subi un ratiboisage de tarif (en parallèle d’un gonflement de l’offre éditoriale) : 1€ pour 2 mois.
Lire leur prise de parole ici.

  • Ouest France, 2 mois d’abo gratuits

Le quotidien, pour poursuivre sa “mission d’information”, offre 2 mois gratuit d’abonnement à ses lecteurs. Lire leur article ici.

  • Les Jours, 7 jours gratuits

Pour ce média indépendant, sans publicité et uniquement dispo sur le web, le choix est celui d’une offre découverte : 7 jours d’accès gratuits contre une création de compte. A voir ici.

  • Le Monde, l’entre-deux

Un entre-deux pour le quotidien, dont le directeur Jérôme Fenoglio annonce qu’il ouvrira certains articles “d’explications (…) et conseils utiles”, et laisse une immense partie de sa couverture de la crise derrière son hard paywall. Les explications ici.

  • Livres Hebdo, articles et numéro PDF gratuits

Mobilisé pour ses lecteurs “confrontés aux défis sanitaires mais aussi économiques et financiers du confinement” : pour le magazine des professionnels du livre, les sujets relatifs au Coronavirus sont tous ouverts sur son site, ainsi que le numéro de la semaine, dans sa liseuse PDF.

  • La Tribune, tout ouvert

Avec son hashtag #LTAvecVOUS, lire “La Tribune avec Vous”, l’hebdomadaire a pris position assez tôt en ouvrant la totalité de sa couverture de la crise. A lire ici.

  • Groupement de médias de santé

Les médias de santé (Le Quotidien du Médecin, Hospimedia, Décision & Stratégie Santé, Le Quotidien du Pharmacien, Le Généraliste, Infirmiers.com, Cadresdesante.com, Remede.org, HOSPIMEDIA Réponse Expert et Reseau-hopital-ght.fr) se mobilisent avec une plateforme d’information dédiée aux professionnels de santé. L’ensemble des articles liés au Covid-19 sont exceptionnellement accessibles gratuitement et sans inscription ici : https://www.covid19-pressepro.fr/

  • Society, l’abonnement à moitié prix (lequel ?)

Le quinzo Society se vend à moitié prix pendant le confinement. Sur leur boutique, l’offre est moins claire pour qui ne connait pas le tarif normal : de la difficulté de faire évoluer les plateformes techniques, surtout celles d’abo !

  • Challenges & Sciences et Avenir : 2 mois d’abo numérique gratuits

8 numéros pour Challenges, 2 pour le mensuel Sciences et Avenir, plus tous les articles des deux sites en illimité contre une création de compte gratuite : c’est l’offre du groupe Challenges pendant le confinement. Pour en profiter c’est ici pour Challenges, et ici pour Sciences et Avenir.

  • Initiative citoyenne, l’épidémiologiste Marc Lipsitch a choisi de favoriser les interviews des médias qui laissent leur contenu ouvert, comme il l’a twitté ici :

D’autres initiatives à signaler ? Notre mail est ouvert : [email protected]

 

 

Marion Wyss

Co-fondatrice d'Underlines, Marion a travaillé pendant près de 15 ans pour des éditeurs de presse en ligne, du magazine ELLE à L'Obs. De 2017 à 2019, elle a été Directrice numérique déléguée de l'hebdomadaire économique Challenges, et du mensuel Sciences et Avenir.